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Carte postale de la Nouvelle Orléans



 

                Le Toubib Jazz Band s'est rendu du 26 octobre au 2 novembre 2002 à la Nouvelle-Orléans avec une équipe légèrement remaniée pour l'occasion: Philippe Arlet (tp), Jean-Jacques Guyonnet (cl), Marie-Françoise Daydé (cl), Jean-Benoit Arlet (tb), Guy Dargent (bj), François Gaston (souba), Laurent Arlet (wsh), François Loze (p).
                Nous avons été tellement enthousiasmés par cette ville et par ses musiciens dont nous voulons faire profiter les internautes, notamment les musicos, de cette expérience unique. Nous souhaitons notamment vous faire partager les bonnes adresses de jazz traditionnel de cette ville.
                 Nous parlerons essentiellement du "French Quarter" où se passe l'essentiel de la vie jazzistique de la cité du croissant. A notre départ de Toulouse, nous n'avions prévu qu'une seule prestation dans un hôtel de la ville. A notre retour de New Orleans, nous avions joué tous les jours, rencontré et "boeuffé "avec des musiciens aussi renommés que Gauthé, Jones, Barbarin… dans des lieux souvent prestigieux. L'accueil des musiciens locaux (notamment les musiciens noirs), vis-à-vis de musiciens étrangers amateurs tels que nous, fut vraiment remarquable par sa simplicité et sa gentillesse.

 

 

 1. LA JOURNÉE
  Dès que vous pénétrez dans le quartier Français, la musique fuse à tous les coins de rue, souvent bonne. Les styles sont très divers : blues, country, zydeco, cajun, et un peu de jazz traditionnel. Le jour de notre arrivée, ça commençait bien, sur les pelouses, au bord du Mississipi, on est tombé nez à nez avec Fats Domino, donnant un concert en plein air
On conseille, pour le New, la place de la cathédrale où, de 9h à 18h00, de nombreux musiciens se retrouvent autour du charismatique Tuba Fat, tubiste que l'on peut aussi entendre parfois à Preservation Hall. Ce n'est pas toujours très bon, mais des musiciens de grand talent se joignent parfois à cette gigantesque " manche " tel le trompettiste Jack Fine, présenté ici comme un des dernier grand trompettiste de style new orleans. Il était très surprenant (voire incongru) d'entendre débouler son " sound " et ses montées vers le contre-ut à l'ombre du clocher de la cathédrale, la boîte à " tips " (pourboires) posée devant lui. A propos de manche, on nous avait promis les pires problèmes si nous nous produisions dans la rue. C'est faux ! On peut jouer librement et on conseille particulièrement les bords (piétonniers) du Mississipi.
Mais peut-être recherchez vous un instrument de musique ? C'est peine perdue ! En effet, il n'existe plus de magasins d'instruments dans le French Quarter et les quelques échoppes de la banlieue sont plutôt pitoyables.
Seule chose intéressante : le washboard ou planche à laver (à l'ancienne) à 20 $ pièce que l'on peut dénicher chez les brocanteurs de Decatur street (entre 1200 ° et 1400° street).
Dans la journée, il ne faut pas manquer le brunch entre 9h et 16h au " Court of the two sisters " (Royal street). Pour 24$, vous allez manger délicieusement (écrevisses à volonté) dans un cadre raffiné. Vous ne serez pas déçu par la qualité du trio de la banjoïste Amy Sharp, impressionnante de swing, qui était entourée le jour de notre venue d'Albert Bertrand (cb) et Brian Ogilvie, saxophoniste au son profond, que l'on retrouve fréquemment dans les festivals européens, malheureusement aujourd'hui décédé.
Si vous souhaitez prendre le steamboat, bateau avec roue à aube, sachez deux choses :
  - les rives du Mississipi n'ont, en soi, aucun intérêt
  - seul le " Nachez " offre de la musique new orleans. Il vaut mieux y aller à 11h30 et y manger (24$ : repas+ croisière de 2h) ; On y a entendu le bon trio du trompettiste Duke Heitger dans le style des Hot five.
Il ne vous reste plus, tant qu'il fait encore jour, qu'à vous diriger au musée du jazz New Orleans (400 Esplanade Av/ French Market). Ce n'est pas un grand musée, mais on y trouve des photos intéressantes ainsi que de nombreuses reliques ( trompette d'Armstrong, trombone de Kid Ory…). Petit cocorico : dans la vitrine réservée à Satchmo se trouve un buste en bronze de l'artiste signé Michel " Boss " Queraud, présenté comme " a french artist : musician and sculptor ". En sortant du musée, foncez au numéro 61 de la place French Market. Derrière une petite porte se trouve un escalier. Montez un étage et vous arrivez à Jazzology, temple mondial des CD de jazz traditionnel (www.jazzology.com). Il faut avoir du temps pour dénicher les perles rares dans les montagnes de CD.



  2. LE SOIR
Le soir venu, vous pourrez entendre du jazz de grande qualité. Tout d'abord, le mythique Preservation Hall (St Peter street) ne faillit pas à sa réputation. De 20h30 à minuit, l'orchestre, différent tous les soirs, exécute des sets de 30 minutes précises. L'atmosphère, à l'intérieur de cette petite salle, est un peu étouffante, mais l'ambiance est bien là. C'est du bon, pas cher (5$), sans trop de queue, on y revient donc. Jacques Gauthé y jouait tous les jeudi et dimanche soir. Notre tromboniste Jean-Benoît Arlet a eu le grand privilège de jouer dans ce lieu avec Leroy Jones (tp), Shannon Powell (dr) et leur orchestre. Il faut éviter de se perdre le soir dans Bourbon street si ce n'est pour voir son folklore (homosexualité, prostitution, musiques à fond dans tous les bars…). Le jazz traditionnel y est absent sauf à la maison Bourbon (mais la sono gâche tout) et au Fritzel's (733 Bourbon street). Nous avons pu jouer dans ce bar pour la nuit de Halloween en alternance avec le trio du sombre clarinettiste New Yorkais Jack Maheu. Cette soirée fut mémorable par la venue, après sa prestation à Preservation Hall, de Jacques Gauthé. Nous avons rencontré là un sacré bonhomme. Pensez qu'il a quitté Toulouse et sa charcuterie en 1968 sans parler un mot d'anglais et qu'il est aujourd'hui considéré comme un des meilleurs musiciens de la Nouvelle Orléans. On a pu le vérifier en l'entendant jouer. Il a gardé étonnement l'accent et la gouaille gersoise. Le bœuf fut épicé et l'orchestre transcendé par l'énergie que diffusait Jacques à travers son soprano. On retiendra dans les morceaux joués " My Blue Haeven ", chanté en Français : " je n'aime que toi, tu n'aimes que moi et nous nous aimons à Lombez-Samatan ". Ces paroles étaient un souvenir de l'unique disque de jazz que Jacques passait en 1945 à la fête du village de Lombez (Gers). Les Américains n'ont pas vraiment compris, mais on s'est bien amusé. Nous avons ensuite parlé du pays jusqu'à 3h00 du matin ce qui nous a permis d'apprécier cet homme chaleureux et humain. Un grand monsieur ! 


Autre bonne adresse : le Palm Court Jazz Cafe (1204 Decatur street) ou l'extravagante Nina Buck maintient un jazz traditionnel de grande qualité. Allez-y plutôt boire un coup car le restaurant est cher. Nina est une amie du célèbre groupe de jazz Français les Haricots Rouges. Elle vient en plus de s'acheter une maison à Uzès. On a pu apprécier ici l'orchestre dixieland de Lucien Barbarin (un descendant de Paul, batteur de Louis Armstrong et auteur de morceaux de jazz très connu tel Bourbon Street Parade), 48 ans, qui est actuellement un des meilleurs tromboniste de la Nouvelle Orléans. Depuis 1993, il fait partie du big band de Harry Connic Jr ce qui le fait voyager partout dans le monde (Leroy Jones et Shannon Powell, cités précédemment, sont aussi de la partie). Il a aussi joué avec Wynton Marsalis. Il a une maîtrise technique et un growl terrible. C'est également un homme charmant qui nous a aussi invité à faire des jams sessions. On soulignera dans son orchestre le batteur Ernie Elly (qui a joué avec Ray Charles) qui est aussi une grande figure locale (on l'a vu pendant une semaine avec d'innombrables formations).
Si vous aimez les Brass Band, c'est au Donna's Bar qu'il faut se rendre (800 Rempart street). La devise de ce bar est : " Impromtu jam sessions always welcome " (c'est marqué sur les programmes !). On peut jouer ici sans problème de façon " impromptue " (comme on l'a fait) en passant entre 20h00 et 21h30 avant les groupes programmés officiellement (22h30). Pour la petite histoire, notre batteur, Laurent, avait eu un contact avec le patron du bar, mais, son anglais étant un peu défaillant, il a confondu wednesday et friday et nous nous sommes pointé, de façon vraiment impromptue, le lendemain du jour où ils nous attendaient.
Charlie et Donna vous concocteront dans ce lieu ,pour 5$, de délicieux red beans. Leroy Jones (tp) y joue en quintet deux fois par mois ainsi que Georg French band. Nous avons écouté le Treme Brass Band, brillamment mené par le jeune technicien Mark Braud (tp) et le charismatique oncle Lionel Lund (grosse caisse). François Gaston (souba), Guy Dargent (bj) et François Loze (p) ont été appelés pour renforcer le Brass et la soirée s'est terminée sur un " Second line " piloté par Leroy Jones (venu manger un Hamburger frites après sa prestation à Preservation Hall). Il existe dans ce lieu une ambiance vraie, chaleureuse et authentique (nous étions les seuls "touristes" !).
Si vous voulez encore de l'authentique, quitter le French quarter par Esplanade avenue, à l'est, en restant sur Chartres street. Vous arrivez au bout de 500 mètres à Frenchmen street. Il y a là plusieurs bars jazz uniquement fréquentés par la population locale. Le " Spotted Cat " (623 Frenchmen street) a une programmation de qualité ou le " new " figure en bonne place.

  Fin de la visite. Nous espérons par ces lignes vous avoir donné l'envie d'aller à la Nouvelle Orléans. Ne partez pas sans votre "binew" (!) car il y a beaucoup d'occasions pour jouer mais c'est aussi le sésame pour pénétrer le monde des musiciens locaux.

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